Retraite dans le Monastère bouddhiste au Wat Pah Nanachat, Thaïlande

Parapluies des moines

8 décembre 2553 (leur ère ici débute avec la mort de Bouddha)

 

" C’est en vous souvenant que la mort vous guette que vous devenez un guerrier, dont la moindre des actions a un sens et de la dignité " AJAHN JAYASARO

 

 

 

Je viens tout juste de terminer une retraite de 5 jours dans le Monastère bouddhiste Wat Pah Nanachat situé en forêt vierge dans le nord-est de la Thaïlande. J’y avais déjà séjourné lors de mon premier voyage en 1999. Éric et les filles sont dans le sud près de Krabi.

Je dois m’adapter aux règles strictes du monastère : un repas par jour, le levé se fait à 3 heures du matin, pas de musique, pas de jeux, pas de romans ou autres livres distrayant, pas de bijoux ou artifices. Je ne dois pas dormir dans un beau lit. Donc un petit matelas de sol fait office de lit. Je dois mettre un uniforme : blouse blanche avec jupe longue bleu marine pour les filles (comparable à l’uniforme du Collège Marie-de l’Incarnation!) et pantalon blanc pour les gars. Un homme qui désir rester au monastère plus de 3 jours doit raser ses cheveux. Je dois respecter le Noble Silence ce qui signifie que je peux parler seulement lorsque c’est nécessaire.

De plus, il faut respecter les 5 préceptes de l’entrainement à la vie monastique :

 

  1. Ne pas intentionnellement enlever la vie à toute créature. J’avoue avoir tué au moins une dizaine de fourmis le lieu y est littéralement envahit. Il y en a dans notre chambre, dans la salle de bain, lors de nos repas. Ils grimpent même sur nous lors des méditations!
  2. Ne pas voler
  3. Être chaste
  4. Ne pas utiliser un langage grossier
  5. Défense de boire et de fumer

 

Le but de cette retraite était d’approfondir l’enseignement du bouddhiste, méditer et redéfinir mes valeurs et mon mode de vie…

J’ai la chance de partager les Kuttis, les résidences des filles avec Ben et Lee, 2 thaïes fin quarantaines. Ben parle l’anglais tandis que Lee parle seulement Thaï. Nous avons chacun notre petite maison. Moi, j’ai décidé de dormir dans un dortoir afin que je puisse faire du yoga en tout intimité étant donné que ce n’est pas bien vu ici! Une bonne chance que j’ai eu le yoga pour m’enlever les courbatures dû à la méditation. Véro vieillit les amis !

Bien sûr, j’ai eu de la difficulté dans les deux premières journées. Nous avons droit à un seul repas par jour. Les moines partent à l’aube afin de récolter la nourriture qu’offrent les habitants du village avoisinant. Des femmes sont à la cuisine du monastère afin de cuisiner quelque extra tandis que d’autres croyants viennent de partout afin d’offrir de la nourriture, cadeaux ou dons.

De plus, je vivais un vide immense de ne pas pouvoir voir mes filles. Comme si elle donnait un sens à ma vie. Mais on ne fait pas des enfants pour donner un sens à sa vie? Quel fardeau pour eux…J’ai donc trouvé refuge dans la méditation. Et contrairement à l’habitude, c’est dans la  walking meditation  que j’ai trouvé le plus grand réconfort. Walking meditation consiste à marcher d’un pas lent. Imaginez l’expression faire les 100 pas sauf en essayant de donner une pause à notre mentale ou d’atteindre le présent absolu…pas du tout facile! Une chance que je ne suis pas en processus de création…

 

Une journée s’organise comme suit :

 

  • Levée : 3 :00 h

 

Ça parait pire que ce l’est en réalité!

 

  • Chanting : 3 :30 à 4 :00 h

 

Ce sont les enseignements du Bouddha en pàli ancienne langue parlée de l’Inde, que l’on récite de manière chantée. C’est très beau!

 

  • Méditation : 4 :00 à 5 :00 h

 

D’ordinaire, la méditation se passe plutôt bien. Il n’y en a pas une pareille. Certains se lèvent après un certain pour continuer en" walking meditation ".

 

  • Balayer les chemins extérieurs et le temple en marbre : 5 :40 à 7 :00 h

 

Ce monastère est situé en pleine forêt. Alors, nous devons balayer quotidiennement les chemins des feuilles. Nous balayons avec des immenses balaies comparable à des balaies de sorcières avec des branches au bout.

 

  • Aider à la cuisine : 7 :15 à 8 :00 h

 

Dès leur retour des moines, une petite communauté de personne vient préparer le repas. Certains sont présents chaque jour tandis que d’autres viennent à l’occasion afin de prendre le repas et recevoir les paroles du moine en chef. Nous, nous aidons à séparer la cueillette. Nous trions les divers aliments. La moitié des plats sont des plats typiquement thaïs que l’on retrouve rarement sur nos menus de touristes. J’ai souvent de la difficulté à savoir comment les apprêter!

Le repas se déroule de façon hiérarchique: les moines vont se servir en premier. Souvent les plus anciens font porter leur bol par un homme ou un garçon. Ensuite, ce sont les hommes nouvellement arrivés qui suivent. Ensuite, c’est nous les femmes novices et nonnes.

Ce qui me dérangeait lorsque j’étais ici y il a 11 ans, c’est que les nonnes passent après les hommes novices. Dans le temps, il y avait 2 nonnes thaïs depuis 10 ans qui devait manger après le gars qui était arrivé hier…disons qu’il y a de la discrimination. Bien sûr toujours dans ma perception de femme occidentale!

 

  • Après le repas c’est la corvée : balayer et laver le plancher et nettoyer les toilettes des filles au 2 jours.

 

Disons que je n’aurai jamais autant torché!

 

  • De 10 à 15 h: temps libre

 

C’est le moment de pratiquer ta méditation, faire de la lecture, laver ton linge, faire du yoga pour ma part. Une petite sieste d’une demi-heure est inévitable.

 

  • De 15 à 16 h : Temps de balayer les résidences des filles et nettoyer ce qu’il y a à nettoyer…
  • 16 h : l’heure du thé : Youppie!

 

C’est le moment de prendre un thé, tisane, café. À l’occasion, nous avons des petites friandises. J’ai adoré cet instant. Moi, Ben et Lee en profitions pour parler du bouddhiste et de la culture thaïe. Même si nous n’avons pas respecté la règle du Noble Silence, ce sont les instants les plus humains de mon séjour au monastère!

 

  • 18h15 : Chanting
  • 18h45 à 20h : Méditation

 

Durant mon séjour j’ai eu quelques moments forts. Le premier a été le dimanche lorsqu’une centaine de croyants récitaient en parfaiteharmonie (chanting), en thaï et en pàli l’enseignement de Bouddha. J’ai fait du " Roger ", je me suis mise à pleurer. Tout de suite après, nous faisions la file pour le repas lorsqu’une petite fille d’un an s’est approchée de nous. Spontanément, elle s’est avancée vers moi. Je me suis alors accroupie et instinctivement elle m’a touché la joue. Comme si elle sentait ma fibre maternelle ébranlée. J’ai encore pleuré.

Mon dernier moment fort a été lors d’une "walking meditation ". Ça devait faire une heure que je marchais sur un petit chemin pavé à travers l’immensité de la forêt. Mon pas avait ralentit et ma respiration était au neutre. Soudainement, le son est devenu plus sourd, comme si j’étais entrée dans un autre monde. Les écureuils ne fouillaient plus lorsque je passais à côté d’eux. Même les papillons osaient m’approcher. Pour l’instant d’un moment, je n’étais plus l’humain qui regardait la nature mais plutôt l’humain en parfaite symbiose avec elle. Je vivais le présent absolu! J’étais en paix. J’étais bien. Ça vous donne maintenant une petite idée pourquoi je veux approfondir la méditation!

Mon séjour s’est terminé par un cours de géopolitique sur l’Israël par une jeune Israélienne qui était venue pour l’ordination de son père. Israël et la bande de Gaza font souvent la manchette mais je n’avais jamais réussis à comprendre la complexité de ce conflit.

Je suis vraiment heureuse d’avoir pris une semaine au monastère mais là, j’ai vraiment hâte d’aller retrouver Éric et les filles. Je suis à 36 h de les revoir!

À plus

Véro

xx

Moi, Lle et Ben au Monastere

Voici une de nos corvées